06. Le jardin rouge-baiser
“Embrasse-moi” demandait Michèle Morgan à Jean Gabin dans Quai des brumes.
Moment cinématographique par excellence, le baiser au grand écran a été décliné de mille manières. Capté, codé, réinterprété à l’infini… il marque souvent la transition entre le récit et l’émotion pure. C’est au cœur de ce point de bascule que Rouge-Baiser propose de s’immerger, à travers un voyage sensible composé de classiques du 7e art.
Le jardin, refuge tranquille du quotidien, rejoue ces scènes que le cinéma a imprimées dans nos imaginaires. Du quai de la gare au coucher du soleil, en passant par le baiser sous la pluie, le décor prend vie.
Des tonalités argentées ponctuées de pourpre nimbent de nostalgie un quai de gare oublié, évoquant les retrouvailles bouleversantes d’Anouk Aimée et de Jean-Louis Trintignant dans Un Homme et une femme. Un peu plus loin, derrière un voile de pluie enchanteur au cœur d’une végétation arc-en-ciel, se devinerait presque Gene Kelly, virevoltant avec légèreté dans Chantons sous la pluie. Enfin, une fresque flamboyante et son prolongement végétal aux teintes miel, cuivre et ocre, pour évoquer le coucher du soleil, convoquent Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, à la proue d’un amour libre et grandiose dans Titanic.
Et vous, quel sera votre film ? Pourquoi ne pas oser, l’espace d’un instant, vous tourner et lui dire : “Embrasse-moi” !
CONCEPTEURS

En tant que paysagiste-conceptrice, Mélanie Tant conçoit les espaces publics comme des lieux de partage, de respiration et d’évasion, en réponse aux enjeux environnementaux contemporains comme à l’amélioration du bien-être habitant. Ayant grandi en banlieue parisienne et formée à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, son rapport au paysage s’est nourri du contraste et de la complémentarité ville-nature, des pieds d’immeuble aux bords de Loire où elle vit aujourd’hui, après avoir travaillé dans différentes agences de paysage et d’urbanisme. Elle privilégie une approche à la fois pragmatique et sensible, attentive au “faire ensemble” et à la dimension poétique du projet, sur des sujets et dans des contextes très divers. Par son parcours, elle s’intéresse tant à la composition urbaine et paysagère qu’au végétal comme matière de projet. Rompue aux projets publics d’envergure mais attachée à la multiscalarité de son métier, elle participe cette année au Festival afin de travailler à l’échelle du jardin et d’y exprimer son désir de créer des lieux intimes, propices au rêve, à l’émerveillement et à l’évasion. C’est dans cette optique qu’elle rassemble le collectif À pieds joints, catalyseur du projet Rouge-Baiser, dont le nom, tout en espièglerie, exprime l’élan, la gaieté et la spontanéité qui irriguent la démarche et l’équipe.
Après un cursus initial en design d’espace (licence), puis en architecture (master à l’ENSA-V), et une première expérience professionnelle en agence, Vianney Bera complète sa formation par un diplôme d’urbanisme (master) à l’École urbaine de Sciences Po Paris, afin d’élargir son champ de compétences aux enjeux territoriaux, programmatiques et stratégiques des projets. Après Paris, il s’installe à Nantes en 2018 pour exercer comme chef de projet au sein d’une agence de programmation architecturale et urbaine. Il y conduit des missions transversales d’assistance à maîtrise d’ouvrage auprès de clients privés et publics, sur des projets variés et à différentes échelles, de l’architecture au projet urbain et territorial. Aujourd’hui, il intervient sur un large spectre de missions, allant de la programmation architecturale aux schémas directeurs immobiliers, en passant par l’AMO et la chefferie générale de projet, avec une implication sur l’ensemble des phases clés des opérations : préprogrammation, programmation, suivi de conception et accompagnement jusqu’à la livraison. Sensible aux arts plastiques et attentif aux passerelles possibles entre l’architecture et le paysage, il rejoint le collectif À pieds joints avec l’envie de refaire du projet à petite échelle, d’explorer de nouveaux matériaux et de renouer avec la narration créative.
Né au Havre, grand port reconstruit après-guerre, Bertrand Pigeon a eu très tôt le goût des grandes compositions et des palimpsestes. Devenu urbaniste, il a continué à s’interroger sur l’appropriation des lieux par leurs habitants. Travaillant en collectivité sur des projets d’aménagement d’espace public, il est persuadé qu’une compréhension intuitive, presque émotionnelle, par l’usager du site, est la clé de la réussite d’une opération. Par ses différentes expériences professionnelles, entre bureaux d’études, promotion immobilière et collectivités territoriales, il a abordé des thématiques et des phases différentes de projets, à toutes les échelles, du bâtiment au territoire, questionnant les temporalités, les usages et les sites, afin d’élaborer des projets pertinents, toujours au service de ceux qui les vivent. Sensible à la durabilité des choses, il cherche à intégrer de nouvelles pratiques dans ses projets, tant sur la qualité environnementale que sur la place de l’art dans des lieux inhabituels. Et c’est justement parce qu’il travaille au quotidien sur des thématiques très éloignées de l’art du jardin que Chaumont-sur-Loire représente pour lui l’occasion de réinterroger sa pratique : avec un matériau vivant et en inversant l’échelle, comment faire d’un espace public une évocation de l’intime ?
