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Stalker
un jardin de résilience
CONCEPTEURS

Olga Kisseleva, artiste internationale, joue un rôle pionnier dans la recherche et la réflexion sur les formes de création émergentes. Ses œuvres n’existent pas seulement pour le regard : elles ajustent la place de l’homme dans son environnement. En 2012, un arbre fait entrer l’artiste dans le bioart, cette part de l’art qui investit le vivant. Elle propose de rendre hommage à l’orme de Biscarrosse, terrassé par la graphiose, non en érigeant un monument à sa mémoire, mais en lui offrant une descendance grâce à la collaboration de plusieurs laboratoires. Bioprésence initie un travail au long cours qui la mène du Kazakhstan à l’Australie, en passant par le Brésil, le Japon ou encore Israël. Le projet d’un arbre devient aujourd’hui celui de très nombreux autres : EDEN (Ethics and Durability for an Ecology of Nature). Chaque projet déclenche à la fois une analyse des données récoltées et une étude de l’environnement biologique, historique, sociologique et culturel des arbres étudiés. Elle les considère comme des êtres vivants, à l’instar des hommes, capables d’inscrire dans leur mémoire des événements, de communiquer entre eux, de s’aider à résoudre des problèmes. Ses œuvres révèlent la vie enfouie au cœur des arbres : elles nous entraînent sur des chemins empruntés par Bouddha ou par Baba Yaga, laissent le visiteur sans voix au pied des bouleaux d’Auschwitz ou des peupliers de Babi Yar. Olga Kisseleva enseigne l’art contemporain et le bioart à l’université Panthéon-Sorbonne, où elle a créé le laboratoire Art&Science.
Maayane Mouchenik développe une pratique à la croisée du paysage, du jardin et des savoir-faire du vivant, alliant rigueur technique, sens du détail et attention portée aux usages. Diplômée de l’École du Breuil (BPREA, spécialité jardin/paysage), après un baccalauréat STL au lycée Pierre-Gilles-de-Gennes, elle s’est ainsi forgé un socle scientifique et agricole solide. Elle met aujourd’hui ces connaissances à profit pour mener des projets ambitieux dans le domaine du vivant, en articulant conception, mise en œuvre et transmission. Depuis 2022, elle développe le restaurant Kern, en Haute-Savoie, dont elle assure le management auprès du chef Jean-Philippe Lemaire depuis l’ouverture. Reconnu pour sa cuisine raffinée et créative, inspirée par la nature savoyarde, et pour son engagement écologique et environnemental, le restaurant a reçu sa première étoile Michelin après seulement deux ans d’existence. Partenaire à part entière de ce projet, elle a contribué à cette distinction en créant l’identité du lieu, qui célèbre le vivant avec amour, passion, respect et rigueur. Parallèlement, elle développe une pratique créative personnelle à travers la marque 21graame, dédiée au vêtement et aux objets de design. Ce travail artisanal nourrit son rapport au geste, à la matière et au temps long, en résonance directe avec sa vision du jardin comme espace sensible, construit et habité.
Alain Ratoret développe dès l’âge de 10 ans un intérêt profond pour le monde du végétal, nourri par la relation privilégiée qu’il entretient avec sa grand-mère. Passionnée et attentive, elle l’accompagne : il passe ses dimanches à tailler, bouturer et repiquer une grande diversité de plantes. Son orientation professionnelle s’impose alors comme une évidence. Après cinq années d’études à l’École du Breuil, il débute sa carrière en 2007 en tant que jardinier à la Coulée verte de Paris. Il rejoint ensuite le parc de Bercy, où il exerce pendant dix ans sur un site de treize hectares. La création de décors floraux, l’entretien des orangers, des vignes et du jardin des senteurs rythment alors son quotidien. En 2017, il est recruté au sein des jardins présidentiels du palais de l’Élysée, un environnement marqué par un haut niveau d’exigence. Cette expérience, à la fois captivante et particulièrement formatrice, lui donne l’élan nécessaire pour se tourner vers la transmission. Il revient ainsi à l’École du Breuil, non plus comme étudiant, mais comme enseignant, afin de transmettre avec passion les savoirs et l’expérience reçus de ses mentors et acquis tout au long de son parcours professionnel.
Savinien Chatel nourrit depuis l’enfance un profond attachement à la nature, façonné par les balades en forêt, les vacances à la campagne et les jeux dans les hautes herbes. Cette relation précoce au vivant constitue le socle de son parcours. Après un baccalauréat scientifique, il choisit de s’orienter vers une approche plus concrète en intégrant un BTS Aménagement paysager. Diplôme en main, il entre dans la vie professionnelle en réussissant le concours de jardinier de la Ville de Paris. Il débute au centre de production horticole de la Ville de Paris, où il découvre les enjeux de la production végétale, enrichissant ainsi sa compréhension du métier de jardinier. Désireux d’approfondir et d’élargir ses connaissances, il poursuit son parcours au parc Monceau, puis à l’École du Breuil. Ces expériences lui permettent d’explorer de nouveaux champs, dépassant le cadre du jardin pour s’ouvrir plus largement au monde du vivant et aux liens qu’il entretient avec l’art.
Philippe Balhadere, récemment diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, s’intéresse particulièrement aux croisements entre l’architecture, le paysage, le design et l’art. Son parcours l’a conduit à travailler sur des questions liées au climat, au patrimoine et aux usages, à travers ses études, des workshops et des expériences en agence, en France comme à l’international. Il aborde les projets avec une attention particulière portée au contexte et aux ressources existantes. Curieux des champs de l’architecture et de ses disciplines connexes, il accorde une place importante au travail collectif et aux démarches transversales.