24. Les roseaux sauvages
Dans Les Roseaux sauvages (André Téchiné, 1994), la Garonne n’est pas seulement un décor : c’est le lieu où François, Serge et Maïté découvrent le désir, l’amitié et la fragilité des premiers émois amoureux. Ses rives, couvertes de hauts roseaux silencieux, abritent des secrets qui ne se dévoilent qu’à celui qui sait regarder avec douceur. Le jardin entend créer un paysage traversé par la même émotion intime et mouvementée que le film.
L’espace se parcourt comme la remontée du fleuve : entre rochers, plantes riveraines et roseaux qui s’élèvent progressivement. Au centre du jardin, des roseaux noirs et blancs, plus hauts que les autres, forment un étrange labyrinthe vertical et produisent un effet visuel troublant. Les tiges, composées de noyaux d’olives recyclés, semblent se déplacer, se superposer. C’est un clin d’œil au langage du cinéma — à la parallaxe — où le déplacement de la caméra crée de la profondeur, en faisant glisser les plans du paysage les uns par rapport aux autres.
La position d’un banc en bois permet plus loin une véritable révélation. Les roseaux artificiels, qui semblaient disposés de façon aléatoire, s’alignent depuis ce point de vue pour former une image jusqu’alors cachée : la silhouette de François enlacé à Serge sur la moto, juste après leur rencontre au bord du fleuve.
Ainsi s’établit un parallèle entre la cristallisation du premier amour dans le film et la révélation de l’image dissimulée dans l’espace du jardin. Il devient un pont entre cinéma et nature, entre mémoire vécue et révélation inattendue. C’est une invitation à se laisser emporter par le mouvement du fleuve et à observer le paysage autrement, pour découvrir ces indices subtils qui n’apparaissent qu’à proximité de l’endroit exact où tout s’aligne.
CONCEPTEURS

Sergio García-Gasco est diplômé avec mention d’honneur de l’Universitat Politècnica de València (UPV) en 2006. Il est titulaire d’un master en théorie, critique et histoire de l’architecture, obtenu à l’Université fédérale de Rio de Janeiro en 2014. De retour en Espagne, il a soutenu sa thèse de doctorat à l’UPV, obtenant la mention cum laude en 2023. Il a travaillé au sein de cabinets à Paris, Londres, au Brésil et aux États-Unis, entre autres. Il enseigne à l’Université CEU San Pablo, où il mène également des activités de recherche. Il est directeur adjoint de l’Observatorio 2030 du Conseil supérieur des ordres des architectes d’Espagne (CSCAE) où, au cours des cinq dernières années, il s’est consacré à la recherche et au développement de stratégies durables, ainsi qu’à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 de l’ONU dans la chaîne de valeur de la construction en Espagne, en coordonnant et en définissant de nouvelles stratégies et solutions visant à réduire l’impact environnemental du secteur. Il participe aux groupes de recherche de l’Union internationale des architectes (UIA) et du Conseil des architectes d’Europe (CAE) liés à la durabilité et à l’architecture.
Emilio Valverde est diplômé en publicité et relations publiques. Il développe et dirige des campagnes dans une approche fortement créative, de la conception des idées jusqu’à leur mise en œuvre. Il a travaillé au sein d’agences de communication en Espagne et au Brésil, sur des projets nationaux et internationaux, et a remporté de nombreux prix internationaux pour son travail. Son expertise couvre le branding, la création de campagnes, la communication corporate et le marketing digital, au sein d’équipes pluridisciplinaires où la créativité est au cœur du processus.
Depuis plus de quinze ans, Louis Sicard navigue entre paysage et création artistique, passant des installations éphémères en pleine nature à la scénographie, au design de mobilier, à la photographie ou à la vidéo documentaire. Ancré dans le land art, son travail dialogue étroitement avec la photographie : intervenir peu, observer beaucoup, co-créer avec la nature. Il collabore régulièrement avec des équipes pluridisciplinaires et participe à des projets et festivals internationaux en Espagne, en France, en Belgique et en Allemagne.