15. Les racines du rêve
Le jardin se parcourt comme un film, scène après scène, en laissant la perception changer, se fragmenter, se recomposer. Inspiré du film de Christopher Nolan Inception, il invite à entrer dans un rêve construit de toutes pièces, où chaque espace représente un niveau de conscience.
Seuil entre quotidien et imagination, le vestibule accueille un arbre au feuillage rouge ardent, solidement enraciné dans la réalité. Deux parois courbes, qui se rapprochent lentement, guident les pas dans un couloir où l’espace se resserre vers l’introspection.
Le réel se fissure : un grand espace ovale, revêtu de surfaces réfléchissantes, multiplie reflets, silhouettes et fragments de lumière. Une végétation aux tonalités argentées crée une atmosphère vaporeuse. Un miroir d’eau central capture le ciel et le mouvement, transformant la vision en contemplation. Les floraisons saisonnières, légères et changeantes, ponctuent le rêve et rythment le temps comme de petits indices du scénario.
Une petite forêt, dense et vibrante, succède à cette espace. Les troncs élancés et répétés ainsi que les ombres évoquent des architectures impossibles et des désorientations perceptives. C’est le moment où le rêve devient plus profond, immersif, presque tangible.
Enfin, la réalité revient à la surface : les parois courbes réapparaissent, cette fois-ci en s’ouvrant vers l’extérieur. Des couleurs vives appellent le visiteur, symboles de réveil et de retour.
Dans ce jardin, chaque élément — miroirs, eau, bois, feuillage et floraisons — compose un montage fluide, un récit sensoriel dans lequel le spectateur devient protagoniste. Cette expérience interroge la frontière entre réel et imaginaire, entre ce que nous voyons et ce que nous rêvons.
CONCEPTEURS

Née à Rome en 1993, Sara Ferraro a passé son enfance et son adolescence entre campagne et forêts, au contact de la nature. Architecte spécialisée dans la conception et la protection du paysage, elle possède six années d’expérience professionnelle acquise sur des interventions à différentes échelles, de la conception d’espaces publics ouverts à la valorisation de contextes paysagers et environnementaux complexes. Elle a approfondi le lien entre espace, nature et bien-être grâce à un master en conception de Healing Gardens, développant une approche attentive aux dimensions sensorielles, perceptives et thérapeutiques du paysage, avec un intérêt particulier pour le rôle du jardin comme dispositif de soin, de contemplation et de relation. Au fil de son parcours, elle a collaboré à de nombreux projets de paysage sur l’ensemble du territoire italien au sein de LAND Italia Srl, participant à des opérations de planification, de conception et de requalification d’espaces publics et d’infrastructures. Elle travaille aujourd’hui avec Proger S.p.a, où elle intervient sur la conception et la protection du paysage dans le cadre de processus complexes et pluridisciplinaires, tout en poursuivant son petit atelier Verdaria, qui lui permet d’explorer une échelle plus fine à travers des expérimentations menées avec d’autres professionnels. Son travail associe compétences techniques et sensibilité de conception, avec une attention constante à la durabilité, à la réversibilité des interventions et au dialogue entre projet contemporain et contexte naturel.
Lorenzo de Faveri, né à Milan en 1996, entretient avec le paysage un rapport qui précède son intérêt pour l’architecture. Il se construit d’abord par un regard nourri par l’art, dans un cadre familial où l’observation s’affirme déjà comme un premier acte de projet. Dès l’enfance, le cinéma façonne aussi cette manière de voir, en lui apprenant à lire l’espace comme une séquence, influencée par le temps et les relations. À ce regard s’entrelace un lien profond avec la nature et les espaces ouverts. La marche devient, au fil des années, une pratique de connaissance : traverser les lieux, s’arrêter, se perdre, observer les transformations, flâner. Le mouvement du corps dans l’espace se révèle alors un outil de conception, capable de faire apparaître les structures silencieuses du paysage. Sa formation en architecture et sa spécialisation en projet urbain l’amènent à envisager le paysage comme un espace relationnel : le projet non comme un geste définitif, mais comme un acte d’interprétation, qui accompagne les lieux et en amplifie les significations. Le jardin présenté au Festival de Chaumont-sur-Loire naît de cette attitude : penser le paysage comme une scène et comme un dispositif visuel, où le regard, le mouvement et le temps construisent un récit. Un travail partagé avec l’équipe, dans lequel le projet ne se donne pas comme une image figée, mais comme une expérience à parcourir.
