Le Jardin de Minâb est le jardin rêvé et conçu par l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani, dont le prénom signifie “éprise des fleurs”. Il s’agit d’un jardin “entre les eaux”, qui invite à vivre une expérience sensible et à s’extraire du reste du monde. Grâce à des plantes heureuses et généreuses, il nous reconnecte à nos sensations et à nos émotions. Pour quelques instants, il nous plonge dans un sanctuaire qui célèbre les éléments — la terre, l’air, l’eau, le feu. En suivant l’eau qui ruisselle doucement des quatre coins du jardin vers le temple central, chacun est amené à retrouver son feu intérieur. Le jardin agit directement sur l’ensemble de l’être, corps et âme, ouvrant le cœur à l’amour.
Minab signifie ‘entre les eau’ — le fleuve et la mer…
Un espace qui manque de plus en plus à l’humanité : cet entre-deux où l’on peut simplement s’asseoir, sans être sans cesse poussé vers des positions extrêmes.
Entre les terres, les continents, les peuples et les langues, entre les croyances et les valeurs, entre les idéologies et les religions, entre la terre et le ciel, entre l’eau et le feu — c’est là, quelque part dans cet entre-deux, que la vie advient.
Dans la culture zoroastrienne, la plupart des temples du feu ont été édifiés à proximité d’une source d’eau.
Ce jardin se ressent comme une expérience — une incarnation de parfums, de sons et de textures, d’émotions et de sensations.
N’hésitez pas à déposer vos téléphones de côté et à entrer dans cet instant présent. Écoutez les oiseaux, ressentez la texture de l’air, la terre sous vos pas, le murmure de l’eau et la danse du feu — ces éléments dont nous sommes issus.
Laissez de côté, pour quelques instants, le « faire » humain, et redevenez simplement un être humain.
Soyez là, comme ces fleurs blanches. Vulnérables, et pourtant pleines d’espoir, pleines de vie. Soyez ici et maintenant, dans cet instant présent, le plus précieux des présents que la vie nous offre.
Soyez le corps, l’âme et l’esprit. Existe-t-il un espace entre eux, ou bien tout ne fait-il qu’un ?
Nous ne faisons qu’un.
La terre, l’eau, le feu et l’air.
De cette rencontre naît un chemin intérieur. Comme les oiseaux du poète Attar, le visiteur est invité à traverser sept vallées, un passage qui ne mène nulle part ailleurs qu’à soi-même.
LES SEPT VALLÉES
La vallée de la Quête (talab)
Les certitudes s’éloignent, les rives familières se retirent. Devant soi, le jardin s’étend, mystérieux, encore fermé. On l’observe, on l’écoute, on le ressent comme un appel. Ici, l’on apprend à chercher, sans savoir encore ce que l’on cherche.
La vallée de l’Amour (eshgh)
Le jardin change. Entre l’eau et le feu, les opposés cessent d’être ennemis. Et l’on apprend à aimer sans pourquoi. On ne regarde plus le monde, on se laisse traverser par lui. L’amour ne possède pas, il imprègne.
La vallée de la Connaissance (marefat)
Le jardin s’ouvre comme un livre vivant. Le pas ralentit. Peut-être s’assied-on, peut-être marche-t-on autrement. L’on comprend sans penser. Le jardin ne s’explique pas, il se vit.
La vallée du Détachement (esteghna)
Le jardin s’efface peu à peu. Les formes deviennent floues, les contours disparaissent. Alors se déposent l’histoire, les croyances, les identités. Il n’est plus nécessaire d’être ceci ou cela. Il n’est plus nécessaire de retenir le jardin. Être là suffit.
La vallée de l’Unité (towhid)
Quelque chose bascule. On ne marche plus dans le jardin, le jardin marche en soi. La terre, l’eau, le feu, l’air, tout devient un. Il n’y a plus de séparation. Le jardin et celui qui le traverse respirent ensemble.
La vallée de la Stupeur (heyrat)
Et soudain, le vertige. Le jardin devient immense, trop vaste pour être compris. On demeure là, émerveillé, désorienté. Ce qui se donne à voir ne se laisse plus saisir, et ce qui touche n’a plus de nom. On ne sait plus, et c’est là peut-être une autre forme de connaissance.
La vallée du Néant (fana)
Enfin, le jardin disparaît. Ou peut-être est-ce celui qui le traverse qui disparaît en lui. Comme le fleuve dans la mer, il se fond sans se perdre. Il n’y a plus de marcheur, plus de chemin, plus de but. Ce jardin n’est pas un lieu à traverser, mais un chemin pour se trouver.
Golshifteh Farahani, mars 2026
CONCEPTRICE
Golshifteh FAHARANI, actrice et musicienne
FRANCE/IRAN
© Rahi Rezvani
Golshifteh Farahani est née en 1983 à Téhéran, en Iran. Fille du metteur en scène Behzad Farahani, elle se fait remarquer très jeune dans le cinéma iranien, notamment avec Le Poirier de Dariush Mehrjui en 1998. En 2008, elle accède à une notoriété internationale en jouant aux côtés de Leonardo DiCaprio dans Mensonges d’État de Ridley Scott. Après des tensions avec les autorités iraniennes, elle s’exile en France pour poursuivre sa carrière. Elle tourne avec des réalisateurs comme Louis Garrel, Christophe Honoré ou Arnaud Desplechin et s’illustre dans des films comme Syngué sabour d’Atiq Rahimi (nominée pour le César du Meilleur espoir féminin en 2012) ou Paterson de Jim Jarmusch (2016). Son dernier film, Alpha, a été réalisée par Julie Ducournau en 2025.
Artiste engagée, elle défend la liberté d’expression et les droits des femmes, et mène une activité musicale importante.
Formée au piano, elle multiplie les collaborations avec des artistes comme Ibrahim Maalouf, Barbara Pravi ou Bachar Mar-Khalifé. Elle mêle influences persanes, jazz et musique contemporaine. Elle a aussi composé pour le cinéma, notamment la bande originale du film My Sweet Pepper Land, dans lequel elle interprète également un personnage central, pour le réalisateur Hiner Saleem, en 2013.