25. Le fabuleux jardin d’Amélie Poulain
Chaque jour à 10h07 du matin très précisément, le premier visiteur plonge dans l’univers de Jean-Pierre Jeunet et de son film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Il ignore encore qu’il s’apprête à traverser six tableaux d’une vie, celle d’Amélie, six éclats de bonheur déposés là comme des bobines de souvenirs aux couleurs sépia.
La Jeunesse d’Amélie est un monde fruité où l’imaginaire sert de refuge. Véritable protagoniste du film, un nain de jardin se prépare au voyage.
Les Petits Plaisirs d’Amélie émanent du quotidien : une odeur sucrée de crème brûlée, de vanille, une main qui frôle les graminées, un élan vers l’ailleurs, pour les ricochets sur le Canal Saint Martin.
Le chemin sinue à travers une boîte à trésors, où chaque plante semble contenir un secret, une émotion rangée trop vite, jusqu’au Café des Deux Moulins. Odeur de café, ambiance feutrée, chaises disposées en confidences rappellent le décor du film. Le nain, lui, a entamé son voyage à Moscou.
Sous un parapluie rouge à pois blancs, apparaît ensuite L’Épicerie d’En Bas. Tomates, citrons, bananiers, herbes aromatiques occupent les cagettes d’un étal coloré, vivant, où même les artichauts ont un cœur. Le nain réapparaît, infatigable globe-trotteur, cette fois à New York.
Un rideau s’entrouvre sur Le Photomaton, élément central du film. Fleurs sépia, planches botaniques suspendues, instants capturés sans prévenir racontent ce que les mots taisent, l’obsession d’Amélie. Le nain arrive à Angkor…
Le dernier tableau est L’Élan du Bonheur. Amélie est transformée par l’amour. Un souffle léger accompagne le visiteur jusqu’à une porte rouge. C’est comme si le jardin glissait à l’oreille de ceux qui l’ont traversé : “Allez-y, nom d’un chien, osez être heureux !”
CONCEPTRICE

“Née en Touraine, j’ai grandi au contact des parcs et jardins des châteaux de la Loire. Cet environnement a nourri très tôt mon intérêt pour les végétaux et, plus largement, pour l’aménagement paysager. Après l’obtention d’un BTSA Aménagements paysagers au lycée agricole le Fresne, à Angers, j’ai poursuivi ma formation en Suisse, où j’ai obtenu un Bachelor of Science en architecture du paysage à l’HEPIA (Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture) de Genève. Diplômée ingénieure en architecture du paysage, je me suis ensuite installée au Pays basque, où j’ai d’abord exercé en entreprise avant de créer, en 2016, mon bureau d’études d’ingénierie paysagère, spécialisé dans la conception et la maîtrise d’œuvre de projets d’aménagements paysagers, publics et privés. Depuis près de dix ans, je développe des projets où le végétal occupe une place centrale, avec une attention particulière portée à la lecture du site, aux usages et à la durabilité des aménagements. Depuis 2024, j’enseigne également en lycée agricole auprès d’élèves de baccalauréat professionnel et de BTSA Aménagement paysager la reconnaissance des végétaux, l’organisation de chantier et les principes de gestion différenciée, de la conception à l’entretien. Pour moi, le jardin est avant tout une œuvre sensible, un espace d’émotions et de dialogue entre l’homme et le vivant, rejoignant cette pensée de Louis René de Girardin : « Ce n’est ni en architecte, ni en jardinier, c’est en poète […] »”