09. La Petite Boutique des horreurs
Et si la boutique de M. Mushnik n’avait jamais fermé ? Si, derrière une ruelle discrète, les plantes du fleuriste avaient continué à vivre leur propre histoire, loin des regards ?
Ce jardin imagine une suite au film de Roger Corman, La Petite Boutique des horreurs, réalisé en 1960. Il ne se veut pas un décor, ni une reconstitution, mais un fragment du film lui-même, comme si l’histoire avait débordé du cadre pour trouver refuge ici, dans un espace qu’elle aurait lentement façonné.
L’entrée se fait par une ruelle pavée, enveloppée de feuillages sombres qui grimpent aux façades. Elle débouche sur un lieu où la boutique existe encore, intacte, mais livrée au temps. Les bouquets n’attendent plus sur un comptoir : ils ont pris racine. Les fleurs, blanches comme dans le film, se sont multipliées, étirées, installées comme si la nature avait poursuivi l’histoire à sa manière, sans spectateurs, sans clap de fin.
Au cœur du jardin, la plante carnivore Audrey Junior impose sa présence et veille sur ce monde étrange et calme à la fois. La vie continue malgré tout, dans la lenteur, dans l’abandon, dans une forme de tendresse inattendue, loin des horreurs du film.
Ici, rien n’est cueilli. Les fleurs vivent là où elles poussent, sans vase, sans comptoir, sans arrangement. Le jardin respire, évolue, les bouquets ne fanent plus sur une table mais s’offrent entiers, vivants.
Et peut-être est-ce cela, au fond, la véritable magie du lieu : découvrir qu’une fleur est toujours plus belle lorsqu’elle appartient encore au jardin, lorsqu’elle poursuit son histoire — sans jamais quitter la terre.
CONCEPTEURS

Jennifer Hettich a grandi sur l’île d’Oléron. Elle se forme d’abord dans le domaine scientifique, en microbiologie alimentaire, avant de travailler plusieurs années en production et en management dans l’agroalimentaire. Peu à peu, elle s’éloigne de ce secteur, en décalage avec un modèle de production intensive qui ne correspond plus à ses valeurs humaines et environnementales. Parallèlement, elle développe depuis toujours un fort intérêt pour l’aménagement et les espaces de vie. Bien avant d’exercer dans le paysage, elle repense des intérieurs, observe les circulations, travaille avec l’existant, déplace le mobilier et compose des ambiances. Cette approche nourrit aujourd’hui encore sa manière de concevoir les jardins, qu’elle imagine comme une pièce en plus de la maison, pensée depuis l’intérieur, depuis les fenêtres, les vues et les usages quotidiens. Autodidacte en dessin et en conception, elle apprend en permanence : échanges avec des pépiniéristes et des confrères, visites de jardins, lectures, salons, fêtes des plantes et inspirations venues d’univers variés. Elle nourrit sa pratique par la curiosité, l’observation et l’expérimentation. Elle rejoint officiellement Rivollier Paysage en 2022. Elle intervient sur l’ensemble des projets : conception, dessin, réflexion spatiale, ambiances, choix végétaux, chiffrage et suivi de chantier. Elle travaille également sur le terrain, aux côtés de Mathieu. Rivollier Paysage fonctionne comme une équipe de deux, où conception et mise en œuvre se construisent ensemble, avec l’idée que les projets, comme les jardins, sont vivants et évolutifs.
Originaire de la région lyonnaise, Matthieu Rivollier s’est construit par l’expérience, l’observation et la pratique. Peu attiré par les parcours scolaires classiques, il développe très tôt un besoin fort d’être dehors, de bouger, et de comprendre le monde par le corps autant que par l’esprit. Le sport a longtemps occupé une place importante dans sa vie — tennis, course, vélo — nourrissant chez lui un rapport physique au temps, à l’effort et à l’endurance. Il travaille pendant plus de dix ans dans la petite enfance comme auxiliaire de puériculture. Ce métier lui transmet une grande capacité d’adaptation, une attention fine aux autres et une conscience aiguë de ce que signifie accompagner sans contraindre. Mais peu à peu, le besoin de retrouver un travail en extérieur, plus en lien avec le vivant et les saisons, devient central. En 2016, il se forme au paysage à Écully. Il y découvre un métier qui réunit tout ce qu’il cherchait : le travail dehors, la technique, le végétal, la patience et l’observation. Il fonde Rivollier Paysage en 2019 à Lyon, avant de s’installer à Niort un an et demi plus tard. Sa pratique repose sur une approche très concrète du terrain : compréhension des sols, choix végétaux adaptés, attention portée à la reprise des plantes et à la durabilité des aménagements. Il est l’ancrage technique de l’équipe, celui qui veille à ce que chaque projet reste réalisable, cohérent et respectueux du vivant. Il se définit comme un praticien en apprentissage permanent, animé par une exigence forte et une grande humilité face aux lieux.
Perrine Gousseau est née et a grandi à Niort, dans le Marais poitevin, un territoire qui a façonné son rapport au paysage, aux saisons et aux choses simples. Elle a suivi une formation dans le domaine de la décoration graphique, validée par un CAP de graphiste décorateur, puis un Brevet des Métiers d’Art, avant de s’orienter vers la peinture décorative et le trompe-l’œil. Elle a travaillé plusieurs années dans un petit cinéma de quartier comme projectionniste, à une époque où cohabitaient encore bobines et projection numérique. Cette expérience lui a transmis une grande rigueur, une attention aux détails techniques, et un regard particulier sur les images, les ambiances et les récits visuels. Elle a ensuite exercé comme peintre décoratrice pour une entreprise spécialisée, réalisant des décors et des éléments peints pour différents lieux. Aujourd’hui, elle traverse une période de transition professionnelle, qu’elle met à profit pour s’engager pleinement dans le projet de Chaumont-sur-Loire. C’est elle qui a été à l’origine de l’idée du lien avec le film La Petite Boutique des Horreurs. Sa culture cinématographique, son regard sensible et sa manière très intuitive d’aborder les images ont nourri l’imaginaire du jardin dès les premières discussions. Sa présence dans l’équipe apporte un regard extérieur, à la fois simple, précis et profondément humain.
