Bernard Pagès
Depuis la fin des années 1960, Bernard Pagès développe une œuvre sculpturale singulière, dont la force naît moins de la monumentalité que d’une compréhension profonde des matériaux et des gestes qui les mettent en tension. Loin des dogmes, sa sculpture se construit dans un rapport physique et direct aux matières, dans une exploration des forces qui y circulent, dans un dialogue constant avec la gravité, la verticalité et l’équilibre.
Ce qui distingue d’emblée son travail est le refus de toute emphase : les œuvres ne s’imposent pas, elles se tiennent. Même les pièces de grand format maintiennent une forme de vulnérabilité, comme si l’élévation n’allait jamais de soi, comme si chaque sculpture devait négocier, millimètre après millimètre, la possibilité de se tenir debout.
Fer, bois, ficelle, pierre, plâtre, béton : tous sont employés dans leur état brut, sans dissimulation, sans effet de surface. Pagès les traite comme des corps vivants, avec leurs densités propres, leurs points de rupture, leurs élans possibles.
Les œuvres présentées associent un long cône de bois taillé à une base constituée de diverses matières. Le bois porte les traces visibles de son façonnage ; il s’élève avec une forme de détermination hésitante. Au sol, le matériau travaillé offre un contrepoint sombre, presque végétal, qui retient, soutient ou contrarie cette ascension. L’ensemble forme une figure d’équilibre instable, où l’élan vertical est maintenu par un ancrage complexe, où la légèreté relative du bois se confronte à la pesanteur de la base. Tout repose sur la justesse des rapports, sur l’accord trouvé entre deux énergies contraires. Appartenant à la série des Pals, les œuvres tiennent debout comme on tient dans le monde : par ajustements successifs, par vigilance, par entente avec ce qui pourrait faire tomber.
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
FRANCE

Bernard Pagès est un sculpteur français contemporain né à Cahors dans le Lot en 1940. Il arrive en 1959 à Paris. C’est à l’Atelier d’Art Sacré qu’il prend conscience de l’accessibilité de la sculpture. En 1967, l’artiste abandonne la peinture et la sculpture traditionnelle après une exposition des Nouveaux Réalistes à Nice. Bernard Pagès participe dès l’origine à l’aventure Supports/Surfaces (première exposition du mouvement en 1969 au Musée d’art moderne de Paris). Il utilise des matériaux abandonnés pour réaliser ses sculptures, puis il assemble des briques, du bois, du carrelage, de la pierre, du gravier, des tuyaux... Il classe ses ensembles par Inventaires, Nomenclatures, Énumérations. Au fil du temps, son travail s’oriente vers des œuvres de plus en plus colorées et baroques.
Bernard Pagès est représenté par la Galerie Ceysson & Bénétière à Paris.