Eugène Dodeigne
Pour la Saison d’art 2026, le Domaine de Chaumont-sur-Loire a fait le choix fort de présenter les œuvres du sculpteur Eugène Dodeigne, acteur important de la scène artistique française de la seconde moitié du XXe siècle. L’artiste aurait sans doute été particulièrement sensible à la beauté de ce domaine perché sur les rives de la Loire, lui qui était si attaché à la mise en valeur de ses sculptures au contact direct de la nature. Le Parc historique offre en effet un cadre de choix pour la présentation de ses superbes pierres de Soignies aux reflets bleutés, qui identifient à coup sûr l’œuvre de l’artiste. L’exposition présente des sculptures des années 1980 et 1990, ainsi qu’en écho une sélection de dessins inédits, ses fameux fusains qui ont participé à sa renommée.
Dodeigne ne s’est jamais détourné de cette volonté d’ériger des statues et de témoigner son attachement à la figure humaine, ni de son goût pour le travail de la pierre en taille directe. Liées à leur environnement par un rapport de nécessité, les œuvres de Dodeigne apparaissent comme une révélation des éléments dont elles sont issues tout en affichant un “métier apparent” : la trace visible du geste et de l’outil dont les sculptures présentées — notamment L’Appel et L’oiseau de nuit — sont des exemples parfaits. “La sculpture est un combat, une lutte avec la matière. Il faut jouer des poings”, résumait l’artiste.
Dans les pierres exposées, l’artiste ne renonce pas à la représentation de la figure humaine mais s’attache à une figuration plus symbolique, ce qu’il appelait “le mystère du signe dans la pierre”. S’il sculpte également le marbre de Carrare ou la pierre de Massangis, la pierre de Soignies a toujours sa préférence.
REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Né en Belgique, Eugène Dodeigne (1923-2015) est rapidement naturalisé Français alors que ses parents s’installent dans le Nord. Né sous le signe de la pierre, il est l’héritier d’une famille de tailleurs de pierre originaires de la région de Soignies, d’où provient cette pierre aussi belle que difficile à tailler. Ayant appris le métier dès l’âge de 13 ans auprès de son père marbrier, des prédispositions repérées à l’école des Beaux-Arts de Tourcoing puis à Paris le mènent au métier d’artiste. Il est rapidement soutenu par les collectionneurs du Nord de la France. Jean Masurel l’héberge en 1948 et Philippe Leclercq sera pour lui un véritable mécène, l’associant notamment au chantier de la chapelle Sainte-Thérèse, à Hem. Il est représenté par les galeries roubaisiennes Dujardin et Renar. C’est la galerie Marcel Evrard qui lui organise ses premières expositions personnelles en 1952 et 1955.
L’artiste travaille alors le bois dans des formes lisses et arrondies, dignes héritières de celles de Brancusi et Arp. Il y rencontre Germaine Richier qui l’introduit dans le milieu artistique parisien, participant dès lors au Salon de Mai où il expose annuellement jusqu’en 1965. À partir de cette période, les expositions s’enchaînent. Ses œuvres sont présentées à Paris. Les galeries Claude Bernard, Pierre Loeb et Jeanne Bucher lui organisent d’importants accrochages et mettent en valeur les pierres qu’il sculpte depuis 1956 mais aussi les bronzes expressionnistes qu’il crée à partir de 1963. Les pays étrangers ne sont pas en reste, à commencer par la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne qui se peuplent de sculptures.
Ses pierres de Soignies sont parvenues à une grandeur monumentale dans des formes arrachées à la matière qui dépeignent l’Homme et la condition humaine.