19. Nausicaä
Inspiré du film d’animation japonais Nausicaä de la Vallée du Vent de Miyazaki, ce jardin transforme le dialogue entre la forêt dite toxique et la Vallée du Vent en une expérience sensible. Il évoque la relation fragile et essentielle entre l’Homme et la Nature, questionne leur rapport et propose un équilibre possible dans la compréhension de ces deux entités. L’eau, comme élément central, en devient le fil conducteur : elle relie les espaces, circule filtrée par la forêt, symbolisant la régénération du vivant et l’interdépendance des milieux.
Dans ce jardin comme dans le film, deux univers se répondent. Celui de la vallée, lumineux et ondulant, déploie une topographie douce, avec des plantations jaunes, dorées et blanches, des tiges graciles et légères caressées par le vent et des canaux. Le planeur de la princesse Nausicaä est posé sur une butte. Il invoque l’âme de cette gardienne de la nature, capable de comprendre et de réconcilier. L’atmosphère paisible qui se dégage de cette vallée invite à la contemplation.
Le second univers de ce dialogue est celui de la forêt, plus dense et mystérieux. Il révèle des teintes profondes, contrastées, des sols sombres, des reflets argentés, des troncs clairs et des floraisons blanches évoquant l’esthétique du film. Les mares s’y creusent, recueillant une eau d’une teinte intense que la végétation purifie. La composition végétale a été choisie pour ses capacités filtrantes et épuratrices. Des tentacules jaunes habitent cette forêt, rappelant celles des Ômus, insectes hôtes et protecteurs des lieux.
Ancré dans les enjeux réels de dérèglement climatique et de pollution de la vallée de la Loire, le jardin invite à observer la capacité du vivant à réparer et à réconcilier. La ressource en eau y est questionnée dans son contexte géographique. En incitant à cheminer entre ces deux univers, il propose une traversée poétique où le jardin devient un espace de coexistence harmonieuse entre l’Homme et la Nature.
CONCEPTRICES

Julia Simonnet est paysagiste conceptrice, diplômée d’État de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles (ENSP) depuis septembre 2021, et réside en Vendée. Au cours de ses études, elle a aiguisé son regard sur les thématiques du changement climatique, avec une attention particulière portée au vivant. Elle travaille au sein de son atelier de paysage 15 Degrés Ouest depuis 2023, où elle navigue entre les échelles, petites comme grandes, entre fines particules et territoires plus vastes. Prenant appui sur les spécificités ainsi que sur les différentes textures des sites dont elle a la charge, son atelier s’emploie à révéler leurs forces comme leurs potentialités, afin de les accompagner au plus près dans leur évolution future. Pour elle, le paysage se vit in situ et le projet se doit de créer des liens et des accroches multiples et sensibles entre les êtres humains et les formes d’un paysage abritant une quantité d’autres vies. Sa passion pour les paysages littoraux et son souci des enjeux écologiques actuels se reflètent dans ses projets, où elle s’attache à comprendre les rythmes et les mouvements des éléments et des êtres qui les habitent. Sa démarche consiste à accompagner les territoires dans leurs transformations singulières, que ce soit à travers des projets de conception publics et privés, des études paysagères, des ateliers de sensibilisation auprès des scolaires, ou encore des panneaux pédagogiques. Elle réalise également des installations artistiques dans le paysage pour sensibiliser le public au vivant, au mouvement et aux transformations à venir, tout en renouvelant le regard porté sur les paysages et leurs enjeux. Elle a aussi été formatrice en aménagements paysagers pendant trois ans, dans plusieurs structures, toujours avec la volonté de partager sa passion et de transmettre son savoir.
Chloé Vincent garde un souvenir, nourri de tendresse, du terrain de jeu de son enfance : les serres familiales, héritage précieux transmis de génération en génération, de son arrière-grand-père à son père. Son moment préféré était celui où les semis germaient : elle observait, émerveillée, chaque graine s’éveiller avant de plonger ses mains dans la terre pour les repiquer avec soin. Ce contact intime avec le sol et la matière vivante construisait peu à peu sa sensibilité et forgeait sa relation au paysage. D’abord attirée par les sciences et la matière, elle trouve finalement ce qui l’anime profondément en renouant avec la terre. Le sol et sa fertilité deviennent ses guides tout au long de ses études à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, notamment à travers l’exploration du rôle du paysagiste dans les projets agricoles. Elle s’attache alors à révéler, par le paysage, l’élément vent, souvent perçu comme une contrainte par les agriculteurs, et parvient à transformer cet obstacle en autant d’opportunités créatives, où chaque défi devient matière à réflexion et source d’inspiration. Diplômée depuis 2021, elle travaille pendant trois ans en agence de paysage, où elle développe une approche sensible et collaborative du projet. Elle mêle co-conception, démarches de concertation et expression graphique pour faire émerger, structurer et traduire les idées. Aujourd’hui, elle a rejoint une entreprise de réalisation en intégrant le bureau d’études. Elle collabore étroitement avec les conducteurs de travaux, approfondit ses connaissances techniques, suit les différentes étapes des chantiers et accompagne, aux côtés des équipes de création, la concrétisation des projets dans le paysage. Elle s’engage ainsi à concevoir et accompagner des projets durables, ancrés dans leur territoire, respectueux du sol, attentifs aux usages, aux dynamiques du vivant et aux réalités de terrain.
Manon Vandenbussche est paysagiste-conceptrice diplômée d’État en 2021, à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. En associant une expertise acquise au sein de diverses agences parisiennes et nantaises (D’ici Là, Altitude 35 et La Forme et l’Usage), elle développe un regard soucieux et vigilant quant à la compréhension des paysages et des territoires, par une approche multiscalaire, systémique et narrative. Sa sensibilité s’exprime plus particulièrement dans le soin apporté à la mise en récit analytique, conceptuelle et graphique des projets, avec une appétence à la croisée de l’histoire de l’art et des jardins, ainsi que de la recherche. En 2023, elle est nommée lauréate Europan 17 sur le site de Courcy–Grand Reims. Intitulé Solstice, ou Le Contrat vivant, le projet tire parti d’une approche transcalaire dans l’objectif d’ancrer les dynamiques du vivant à chaque échelle d’intervention, territoriale, urbaine et locale. En s’inspirant du Contrat social de Rousseau, il harmonise les rhétoriques humaines et non humaines afin de redéfinir la notion de bien commun pour le devenir du parc agricole de la base 112. Son engagement lui offre l’opportunité de publier des tribunes dans des quotidiens nationaux, d’échanger sur les enjeux majeurs de transition climatique sur diverses plateformes d’écoute et d’exposer ses travaux de recherche à l’exposition internationale de la Biennale d’architecture et de paysage de Versailles. En 2026, elle décide de faire un pas de côté en développant une activité de directrice artistique pour les agences de paysage, urbanisme et territoires. Son expertise dans les phases de conception, les concours internationaux et les dialogues compétitifs lui confère une sensibilité graphique singulière quant à la mise en récit et à l’identité visuelle continue des projets. Une curiosité nourrie par l’ambition d’encourager des projets pensés par tous, et pour tous.
